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Evaluation scientifique, liberté d'expression et droit de réponse

Bonjour,

1/ EVALUATION SCIENTIFIQUE

Notre site peut être amené à faire une évaluation scientifique de méthodes pratiquées dans le cadre de la profession de MKDE.

Cette évaluation permet de verifier la validité théorique de la méthode. En effet, la théorie est la base qui permet d'expliquer les résultats obtenus. Le raisonnement doit être logique et fondé sur des observations.
Ce raisonnement ne peut être contraire à la connaissance actuelle reconnue qui permet d'expliquer ces mêmes résultats.

2/ CONTRADICTION

Notre site peut être amené à être en contradiction avec les auteurs d'une méthode ou théorie. Cette contradiction s'appuie sur des faits, une référence ou la logique. Il appartient aux auteurs d'apporter tout élément de preuve qui permet la validation d'un point de la théorie ou méthode.
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aïe aïe aïe ça fait mal

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  • PC aïe aïe aïe ça fait mal

    Bonjour à tous,

    Dans certains de mes posts je disais qu'il serait intéressant de poser sur le versant francophone de somasimple, une discussion sur ce qu'est une douleur.
    Bien sûr en tant que thérapeute nous avons tous une idée déjà bien avancée sur ce sujet. Mais je pense que de développer nos idées respectives sur ce vaste sujet et de les confronter aux données historiques et scientifiques, peut éclaircir certains tableaux cliniques que nous proposent les nouveaux arrivants.
    J'ai glané des informations de ci de là, pour des raisons pratiques je ne citerai pas toujours les sources, que les puristes m'en excusent.



    histoire de la douleur

    Commençons par les sages de l'antiquité:
    Alors que les tribus primitives voient dans la douleur l'oeuvre d'un esprit maléfique, Hippocrate (460-370) comprend que la douleur est une émotion qui viendrait du coeur (siège des émotions) et qu'elle fait partie des maladies. Il pense que la douleur peut être soignée par la médecine.
    Hérophile (330-260) par ses dissections propose l'existence d'une voie sensitive nerveuse, et Celse ( I s av JC) pense que la douleur est un signe de l'évolution d'une maladie.
    Galien ( II s ap JC) classe les douleurs et les situe dans le cerveau siège des émotions.


    Le moyen-âge à suivre...dans la soirée!
    Last edited by yanicw; 09-11-2010, 10:19 PM.
    C'est toujours ce qui éclaire qui demeure dans l'ombre. E. Morin
    Il n'y a pas de fait en soi. Ce qui arrive est un groupe de phénomènes, choisis et groupés par un être qui les interprète. Nietzsche

  • #2
    Dans l'historique de la douleur, il ne faut pas oublier le côté "religieux".


    Certains échecs cuisants en thérapeutique est la négation des croyances de nos patients.

    La douleur est pour certains un moyen de rompre avec le terrestre et d'accèder au divin.
    Ex: les Chamans qui devaient mourir (grâce à d'atroces douleurs) pour accèder au monde des esprits et devenir "Chaman" et surtout revenir dans le monde des vivants, car sinon, personne n'en saurait rien ! >source
    (d'ailleurs d'un point de vu anatomique, la douleur est liée au plaisir car ce sont les mêmes centres qui gérent ces deux notions au niveau du cerveau (L'hippocampe))


    Ne pas oublier que la douleur est aussi (pour certains) une épreuve divine, et certains on eût de gros soucis en oubliant les croyances des autres.

    Par exemple:
    Dr James Young Simpson.

    Ce docteur visionnaire a inventé le concept d'accouchement sans douleur en 1847 (un tampon d'ether sur la bouche de la future maman en plein travail et hop !

    Toutes les vieilles grenouilles de bénitiers se sont révoltées car ce Dr semble avoir agit contre les saintes écritures:

    «Tu enfanteras dans la douleur.» (voir la génèse de la Bible) ont hurlés les bonnes dames du Curé.

    le Dr James Young Simpson a eut l'heureuse répartie suivante:
    «Dieu, voulant donner une compagne à Adam, fait tomber sur lui le sommeil pour lui prendre une côte et refermer la chair.» et compara avec Humour "Dieu" au premier anesthésiste de cette profession.



    De même chez nos ami(e)s musulman:
    «Que jamais je ne te perde, ô divine douleur, brûlure de l'âme, plus précieuse que l'eau, toi sans qui nous ne serions que du bois mort.» (Djamal al-Dimal Roumi, fondateur du soufisme au XIIIe siècle.)

    Bref la religion accepte la douleur comme étant un concept normal dans la vie d'un être humain, car voulu par Dieu lui même.

    Et se plaindre de sa douleur n'est pas acceptable, vu que ces douleurs sont d'origine divine...

    Ce qui pose de vrais problèmes d'expression de la douleur chez nos patients car le vocabulaire de la douleur est aussi très pauvre à cause de cet état de fait dû notre culture judéo chrétienne.... car il ne faut pas se plaindre quand on ne peut pas faire autrement.... Montaigne en était un farouche partisan, mais si il avait pu traiter autrement et sans risque son calcul rénal par une autre méthode plus efficace que le stoïcisme, je pense qu'il l'aurait fait !


    Mais heureusement, ces points de vu d'un autre temps changent progressivement dans les mentalités..... et la douleur est de moins en moins acceptée.

    Source:
    http://www.lexpress.fr/informations/...ur_614131.html

    http://www.stmi.org.tn/docs/VIII%20c...leuretcult.htm

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Chamanisme

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    • #3
      Merci netosteo, je compte bien développer tout ça... étape par étape, la partie historique de ce petit exposé nous permet de poser les bases d'une définition actuelle. On peut déjà voir se dessiner un aspect culturel de la douleur et ses influences sur les croyances et les attentes de nos patients.


      Pour finir sur l'antiquité, Galien définit des douleurs caractéristiques de chaque organe, elles montrent l'organe qui fait mal. Les stoïciens eux proposent d'endurer la douleur, elle serait un phénomène naturel, il faut s'y résigner. Les épicuriens prétendent que la douleur vient quand le plaisir s'arrête.

      Le moyen-âge...
      L' Occident est dominé par le christianisme. On recherche le salut de l'âme et la rédemption des pêchers. La douleur est un châtiment de Dieu qui peut mener au paradis comme le Christ souffrant sur la croix. Supporter sa douleur est un don de Dieu. Compassion et charité vont de paire avec la souffrance des mortels.
      La torture permet une rédemption par la douleur, douleur utile pour dire enfin la vérité...
      Pendant ce temps, les arabes avec Avicenne reprennent des principes hellénistiques et étudie la douleur comme un signe et elle fait partie d'une symptomatologie témoignant d'une pathologie.

      Demain, j'enchaîne avec la Renaissance, on avance morceaux par morceaux.
      Last edited by yanicw; 30-10-2010, 01:25 AM.
      C'est toujours ce qui éclaire qui demeure dans l'ombre. E. Morin
      Il n'y a pas de fait en soi. Ce qui arrive est un groupe de phénomènes, choisis et groupés par un être qui les interprète. Nietzsche

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      • #4
        A la Renaissance (15-16 s.):

        Le corps, mis à mal au Moyen-Age, est réhabilité par les arts et l'architecture.
        Les sciences s'organisent, les religions se révoltent. Les philosophies se recentrent sur l'homme avec l'humanisme. Les chirurgiens apparaissent, les chimistes s'en mêlent: opium, laudanum, éther, ... On peut citer Paré: " Chacun blêmit au seul mot de douleur, Le coeur du médecin sait ce que la raison ignore".

        Début de l'âge classique (17 s):

        Descartes met la raison au dessus de la nature: "la douleur fait arriver à la conscience la vie intérieure du corps qui autrement resteraient cachées au malade et au médecin." . La douleur confirme à l'âme son existence. Sa vision est dite mécanique, Agression tissulaire puis stimulation d'un récepteur, puis transmission influx électrique dans un zone de la douleur dans le cerveau. On peut s'arrêter un petit peu sur cette notion car c'est une vision qu'on rencontre encore aujourd'hui. il me semble important de détecter cette croyance chez nos patients car elle est vectrice de nombreux nocebos. Certes il existe des capteurs et des nerfs véhiculant des messages électriques mais lors des fIRM on constate que plusieurs zones sont en activité lors d'une expérience douloureuse. Il n'existe pas UNE zone spécifique de la douleur. La théorie de Descartes ne fonctionne pas non plus dans le cadre des douleurs fantômes et chez les traumatisés médullaires. Une douleur peut en effet survenir en l'absence de nociception.
        Un livre référence sur Descartes et les neurosciences: " l'erreur de Descartes" de Damasio
        http://www.amazon.fr/Lerreur-Descart.../dp/2738103030


        à suivre...
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        • #5
          Descartes:



          Âme - Corps - Douleur -

          Doctrine de l'union

          Méditations métaphysiques, méditation VI, Garnier T. II, p. 492 - 493


          Or il n'y a rien que cette nature m'enseigne plus expressément, ni plus sensiblement, sinon que j'ai un corps qui est mal disposé quand je sens de la douleur, qui a besoin de manger ou de boire, quand j'ai les sentiments de la faim ou de la soif, etc. Et partant je ne dois aucunement douter qu'il n'y ait en cela quelque vérité.
          La nature m'enseigne aussi par ces sentiments de douleur, de faim, de soif, etc., que je ne suis pas seulement logé dans mon corps, ainsi qu'un pilote en son navire, mais, outre cela, que je lui suis conjoint trés étroitement et tellement confondu et mêlé, que je compose comme un seul tout avec lui. Car, si cela n'était, lorsque mon corps est blessé, je ne sentirais pas pour cela de la douleur, moi qui ne suis qu'une chose qui pense, mais j'apercevrais cette blessure par le seul entendement, comme un pilote aperçoit par la vue si quelque chose se rompt dans son vaisseau ; et lorsque mon corps a besoin de boire ou de manger, je connaîtrais simplement cela même, sans en être averti par des sentiments confus de faim et de solf. Car en effet tous ces sentiments de faim, de soif, de douleur, etc., ne sont autre chose que de certaines façons confuses de penser, qui proviennent et dépendent de l'union et comme du mélange de l'esprit avec le corps.
          Outre cela, la nature m'enseigne que plusieurs autres corps existent autour du mien, entre lesquels je dois poursu vre les uns et fuir les autres. Et certes, de ce que je sens différentes sortes de couleurs, d'odeurs, de saveurs, de sons, de chaleur, de dureté, etc., je conclus fort bien qu'il y a dans les corps, d'où procèdent toutes ces diverses perceptions des sens, quelques variétés qui leur répondent quoique peut-être ces var étés ne leur soient pomt en effet semblables 1. Et aussi, de ce qu'entre ces diverses perceptions des sens, les unes me sont agréables, et les autres désagréables, je puis tirer une conséquence tout à fait certaine, que mon corps (ou plutôt moi-même tout entier, en tant que je suis composé du corps et de l'âme) peut recevoir diverses commodités ou incommodités des autres corps qui l'environnent.
          Last edited by yanicw; 31-10-2010, 02:19 AM.
          C'est toujours ce qui éclaire qui demeure dans l'ombre. E. Morin
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          • #6
            Les errances de Descartes, philosophe et mathématicien fourvoyé dans les sciences par sa “méthode”.

            Du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle, les Français auront fait de ce qu’ils appellent le cartésianisme un héritage sacré, un totem du narcissisme national. Le meilleur emploi de la raison est une de ces exceptions culturelles garanties aux héritiers francophones des Lumières, satisfaits de l’utiliser comme excuse absolutoire quand ils ratent en pensant bien. Dans les années 1960, la mode change. En triturant Marx, Nietzsche, Freud et quelques autres, les philosophes que l’on pourrait baptiser postmodernes élaborent un discours nouveau et excitant, néfaste au héros national. À travers leurs écrits, la raison devient impuissante ou se voit réduite au rang de vicieux instrument de domination. Le rationalisme et l’individualisme prônés par Descartes sont au mieux des pièces de musée, et la science qu’il a fait avancer est, si l’on en croit Garaudy, la “science agressive, qui, en quatre siècles, a détruit la nature”.
            Descartes vaut mieux que ces clichés et d’abord par son aventure existentielle. Elle impressionne tous ceux qui sont nombreux à l’avoir étudié depuis que l’Abbé Adrien Baillet, en 1691, a publié sa première biographie. Né en 1596 dans les jardins de Touraine, René Descartes mourra en 1650, après s‘être rendu en Suède, “au pays des ours, entre les rocs et les glaces”, victime de la rudesse de l’hiver. Il avait cédé à l’invitation pressante de Christine, qui, à 24 ans, était alors au zénith du pouvoir royal qu’elle exerçait depuis ses 18 ans avec une redoutable efficacité. Brillante, curieuse, polyglotte, elle aimait s’entourer d’intellectuels européens, ses “bibliothèques vivantes”. Elle était persuadée que “hors de là, ce sont pour l’ordinaire de fort pauvres gens dans la pratique du monde et des affaires”, et préféra, pour Descartes, lui faire écrire des vers pour ses ballets plutôt que d‘écouter les leçons d’une philosophie qu’elle trouvait sans intérêt. Trois siècles plus tard, c’est encore une femme, Fanny Ardant, férue de la sociologie de l’anarchie avant de devenir une actrice appréciée, qui éclaire crûment le personnage quand elle remarque, dans une interview, que “l’anarchiste c’est l’homme qui avance masqué et que dire je suis anarchiste est une contradiction dans les termes”. Elle reprend à son compte la devise de Descartes : “Larvatus prodeo”, j’avance masqué. Le philosophe Descartes qui vit, agit, écrit comme bon lui semble, fait fi de toute carrière comme de toute appartenance, représente l’authentique anarchiste, paisible et original puisqu’il croit au Dieu dont il pense démontrer l’existence. L’aisance de sa famille lui donne la liberté vis-à-vis de l’argent, le seul qu’il ait touché de sa vie étant, paraît-il, un doublon alloué pour son engagement comme volontaire aux Pays-Bas. Célibataire aimant le beau sexe, pratiquant la religion catholique dans des pays protestants sans ostentation ni prosélytisme, il apparaît amoureux de solitude, détaché des honneurs, suffisamment non conformiste pour publier en français, et être compris des femmes vis-à-vis desquelles, pas plus que vis-à-vis des gens du peuple, il ne cultive un sentiment de supériorité. La vie du philosophe individualiste est si peu celle d’un pharisien que l’on donne tort à la reine Christine et que l’on accepte volontiers que, dans le livre d’Alain Laurent Du bon usage de Descartes écrit pour le tricentenaire de sa naissance, y soit traité de la force d‘âme et de la maîtrise de soi, du contentement de soi ou de la générosité.
            Mais il faut bien admettre que Descartes, à la différence de Galilée ou de Harvey, n’est pas un opératif assidu, les mathématiques mises à part où performance et compétence vont de pair. Avec ses thuriféraires du XIXe siècle et ses contempteurs du XXe, il fait partie de la même lignée d’intellectuels adeptes de l’humanisme, cette conception qui, “s’opposant au mysticisme, place le salut de l’homme dans l’homme lui-même”. Pour ces philosophes, le jeu de l’esprit propre à l’homme, source de la raison qui s’exprime et se communique par le langage, conduit aux certitudes qui fondent et légitiment le pouvoir de dire le vrai, ce pouvoir capable de rassembler les foules en quête d’illusion groupale, de la bonne pensée. Il n’est pas si facile aux naïfs du moment de suspecter que ces certitudes ne sont que manipulations rhétoriques d’un imaginaire politiquement, éthiquement et sexuellement correct, à un moment donné, dans un groupe donné. Descartes aura des certitudes d’autant plus solides qu’il s’accorde les qualités intellectuelles exceptionnelles dont il ne voit pourvus ni ses prédécesseurs ni ses contemporains. Il se sait élu de Dieu depuis l‘âge de 23 ans lorsqu’il servait dans l’armée du duc de Bavière campée au bord du Danube. Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1619, “le feu lui prend au cerveau” et il se voit désigné pour chercher, en lui-même, “la vérité étant en nous comme le feu dans le silex”, toutes les sciences, “qui ne sont qu’une”. Pour remercier Dieu de lui avoir confié cette oeuvre, Descartes, en 1624, se rend en pèlerinage en Italie à Notre-Dame de Lorette. Et il remplit sa mission en publiant, en 1637, à Leyde, en français, sans nom d’auteur, le Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences plus la dioptrique, les météores et la géométrie qui sont des essais de cette méthode.
            (…)
            Descartes, à l’inverse de Galilée ou de Pascal, ne pense pas que le savant doive se soumettre à la nature, se dépouiller de tout parti pris pour écouter la leçon de l’expérience. Pour lui c’est l’esprit humain, l‘âme raisonnable, qui est la source de la vérité. Dogmatiste intrépide, c’est à partir de là qu’il pense pouvoir démontrer l’existence de Dieu alors que pour Pascal c’est le coeur de l’homme, tout incapable de vertu et de bonheur que soit l’homme, qui Le sent, et non la raison. En séparant l’Homme du reste des animaux, ce n’est pas au matérialisme que Descartes oppose l’esprit, mais bien au reste du vivant, à ce monde distinct du monde inanimé même s’il en procède, que l’on verra beaucoup plus tard comme géré par une multitude de galaxies neuronales qui créent l’information nécessaire à la continuation de la vie et des génomes. Descartes, libéré de toute illusion groupale, n‘échappe pas pour autant à la réalité animale de l’Homme lorsque, par exemple, il devient le père d’une petite Francine, conçue, selon lui, le dimanche 15 d’octobre de l’an 1634, à Amsterdam, avec Hélène, la servante attirante. Francine devait mourir à cinq ans dans les bras de son père “lui laissant par sa mort le plus grand regret de sa vie”. Car, commente Adrien Baillet, “la philosophie n‘étouffe pas la nature”.
            Pendant longtemps la parole, une des singularités d’Homo, a simplement servi à rassembler la tribu en communiquant l’imaginaire propre au bon groupe rassemblé par son idiome. Elle rend ainsi plus subtils les rapports des hommes entre eux, sans modifier de manière décisive un destin lié aux inventions du feu, des armes et des outils, ces artefacts qui rassemblent en eux-mêmes une bonne partie du thesaurus transmissible. Homo, à la fois corps et esprit, constitue, de par le jeu d’un ensemble neuronal, une unité cognitive et affective qui crée et pilote l’information venue de l’extérieur et de l’intérieur du corps, assurant ainsi sa survie passagère, son existence, et celle de l’espèce. Mais dès le moment où l‘écriture et la figuration permettent le stockage et la—manipulation de l’information, le développement de la logique argumentaire et de la rationalité mathématique est lancé, et Descartes y contribue avec bonheur. Il ne s’ensuit pas que la rationalité soit capable, à elle seule, des mêmes succès quand elle s’attache à élucider la réalité du vivant et, en particulier, le fonctionnement du cerveau qui soutient la raison. Pour que le cerveau humain puisse comprendre son propre fonctionnement, il faut passer de ceux qui pensent et disent à ceux qui observent et décrivent le système neuronal propre à l’Homme, capable de faire naître un sens dans le monde multiforme du vivant et dans le feu d’artifice de l’univers matériel tels qu’on les observe. Lorsque Descartes sépare, chez l’Homme, l‘âme du corps, et qu’il distingue l’Homme du reste des animaux, on peut l’accuser de servir de référence glorieuse à tous ceux qui font comme si l’on pouvait comprendre les comportements humains à travers les harangues. Il amorce en fait la longue série d’alibis que la philosophie fournira aux exploiteurs des anathèmes, des indignations, des rectitudes éthiques. Il annonce la longue lignée des champions de la rhétorique couvrant d’opprobre, en les taxant de scientisme et de réductionnisme tous ceux qui tentent d’approcher le vivant, les comportements dans leur réalité matérielle et échappent ainsi aux palinodies des intellectuels, des héritiers de la scolastique d’un passé aboli. Il conforte les certitudes des bien-penseurs qui, enfermés dans leur structure mentale, à partir de valeurs et de principes “intangibles”, loin de toute référence à l’expérience, veulent avoir raison, toujours et définitivement. On ne peut, en revanche, faire grief au Tourangeau de ne pas avoir accompli le travail qui allait demander trois siècles à des opératifs curieux avides de savoir, et faire taire les bavards.
            Source :
            De retour de Babel : Une histoire biosophique de l’humanité (page 131 et 132)
            C'est toujours ce qui éclaire qui demeure dans l'ombre. E. Morin
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            • #7
              La vision de Descartes de la physiologie de la douleur:
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              • #8
                Pendant les Lumières (17-18 s), la science se sépare de la religion; les mécanistes (la douleur est mécanique), les animistes (la douleur vient de l'âme) et les vitalistes (la douleur est un signe de l'énergie vitale) se confrontent.
                Au 19 s, l'anesthésie connaît un essor. Chloroforme, hypnose, morphine, protoxyde d'azote, cocaïne, novocaïne... . Freud, même s'il est criticable sur bien des points, ouvre la voix du subconscient.
                Au 20 s, on comprend que la prise en charge des patients douloureux chroniques doit être poly-factorielle.
                En 1965, Wall et Melzac émettent la théorie du gate control, véritable révolution dans les sciences de la douleur. Ils valident l'existence d'une inhibition descendante. Cela confirme que la douleur n'est pas une entrée dans le système. La nociception est modulable à la corne postérieure de la moelle et dans le SNC. La douleur est une résultante (sortie du système). Mais cette conception connaît des limites à expliquer les douleurs chroniques étendues, les douleurs du membre fantôme et celles des traumatisés médullaires.

                à suivre
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                • #9
                  Une petite présentation de Melzac:
                  http://www.youtube.com/watch?v=KRFanGInvlc
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                  • #10
                    Merci donc, à Melzac et Wall, de nous avoir sortis du système cartésien. Bienvenue dans la complexité du monde neural.

                    La douleur n'est pas la réponse directe à un stimulus. La douleur n'est pas un simple système d'alarme.

                    Les contrôles segmentaires décrits en 1965:
                    portillon fermé
                    portillon forcé
                    portillon renforcé
                    ( schémas médecine.univ-lille2 )
                    Attached Files
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                    • #11
                      neuromatrix

                      Ce modèle nous incite à aller jusqu'au bout de l'hypothèse: "La douleur est dans le cerveau, pas ailleurs!" nous dira Melzak. L'impact de cette théorie est énorme car il permet à beaucoup de techniques de comprendre pourquoi elles fonctionnent (quand elles se posent au moins la question). On voit poindre à l'horizon la neuro-psycho-immunologie...qui affole nos besoins de simplifications. Il faut donc un nouveau modèle plus pertinent, toujours plus complexe, intégrant toutes les données.

                      ...années 90...

                      Le voici:
                      Attached Files
                      C'est toujours ce qui éclaire qui demeure dans l'ombre. E. Morin
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                      • #12
                        Nous allons aborder la deuxième partie de notre discussion sur le neuromatrix de Melzac.
                        Mais avant, pour conclure avec l'aspect historique de la douleur, un mot sur les religions:

                        Religion catholique (jusqu'à 1957) : la douleur permet de se rapprocher de Dieu, de gagner son Ciel.
                        Religion protestante : la douleur est un malheur universel qu’il faut guérir soi-même.
                        Religion juive : la douleur est reliée au mal et elle autorise la révolte et le soin.
                        Religion musulmane : la douleur est une fatalité qu’il faut endurer et accepter.
                        Religion bouddhiste : la douleur est indissociable de la vie, elle permet la purification d’actions mauvaises accumulées dans la vie (antérieure ou présente).
                        Religion hindouiste : la douleur permet de retrouver la pureté originelle et d’achever les cycles de réincarnation
                        http://www.psychiatriemed.com/textes...ice-lorin.html
                        http://www.psychiatriemed.com/textes...ice-lorin.html
                        C'est toujours ce qui éclaire qui demeure dans l'ombre. E. Morin
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                        • #13
                          :clap2::clap2::clap2::clap2::clap2::clap2::clap2::clap2::clap2::clap2::clap 2::clap2::clap2::clap2::clap2:
                          vivement la suite

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                          • #14
                            Melzack décrit la neuromatrice comme ...

                            ... un réseau, dont la distribution spatiale et les liens synaptiques sont issus des gènes pour être sculptés plus tard par les entrées sensorielles,... Les boucles thalamocorticales et limbiques qui comprennent la neuromatrice divergent pour permettre des analyse parallèles dans les différentes parties et convergent pour permettre des interactions entre les différents produits sortants.
                            Un flux constant d'informations entre dans le système nerveux centrale. Ces informations sont filtrées et modulées par la neuromatrice qui leur appose une neurosignature. On peut dire que l'information est un thème musical, on l'entendra différemment suivant la manière dont on le joue rock ou jazz.
                            Les entrées convergentes sont multiples aussi bien les expériences passées, les facteurs culturels, l'état émotionnel, les connaissances, les régulateurs du stress et le système immunitaire que les entrées sensorielles immédiates.

                            Il y a 3 sous réseaux entrants:
                            - la composante sensori-discriminative (réseau somatosensoriel)
                            - la composante affective-motivationnelle (réseau limbique)
                            - la composante évaluative-cognitive (réseau thalamocortical)
                            On retrouve aussi les influences du système neurovégétatif, de la lutte contre le stress et une modulation par le système immunitaire. Ces entrées sont soit phasiques (brèves) soit toniques (longues).

                            Une fois la neurosignature apposée l'information analysée peut donner une perception de la douleur (ça y est on l'a trouvé!) et les programmes d'action en découlent aussi bien sur le plan moteur (volontaire et involontaire) que sur les réactions immunitaires et les agents de régulation du stress.
                            Last edited by yanicw; 09-11-2010, 10:20 PM.
                            C'est toujours ce qui éclaire qui demeure dans l'ombre. E. Morin
                            Il n'y a pas de fait en soi. Ce qui arrive est un groupe de phénomènes, choisis et groupés par un être qui les interprète. Nietzsche

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                            • #15
                              Pour confirmer:
                              Fear reduction in patients with chronic pain: a learning theory perspective.
                              sigpic Kay'1
                              "Ce qu'il y a de meilleurs dans les religions, ce sont leurs hérétiques" Nietzsche

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